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8 février 2013
redac

Cyrille de Vignemont, profession photographe

par NEMICHE Younes, 23 ans, Paris

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Photographe, vidéaste, ce soir j’ai rendez vous avec l’image. Avec un monsieur de l’image, Cyrille de Vignemont. Il est 20h à Paris, entre St Sulpice et St Germain quand l’artiste m’ouvre la porte de son appartement.
Je m’installe sur un fauteuil à bascule, la lumière est tamisée. Nous commençons.

Rembobinons dix ans en arrière. Durant des voyages en Haïti, aux Etats-Unis ou en Scandinavie, appareil argentique en main, il entraîne son regard. Sans ambition, il ne cherche qu’à capter la sensation de l’instant. Les pellicules s’entassent dans un vieux sac de sport, dans l’attente de les développer.

Il a oublié pourquoi, un jour, il se décide enfin. Certaines vues sont floues ou surexposées mais d’autres révèlent exactement l’émotion attendue.
Tout s’enchaine alors très vite. Après une première exposition collective au Palais de Tokyo, il est sélectionné par French Art is Not Dead, avec neuf autres artistes contemporains français : ils seront amenés à exposer dans les musées et centres d’art des différents pays européens.

Les points de jonction entre animalité et virtualité, les visions nocturnes et des lumières solaires intenses, la tension du corps en action et la nostalgie définissent son travail ; concomitance entre ses interrogations d’homme et ses obsessions d’artiste.

De son envie d’identifier chez les autres ce qu’il ne comprend pas chez lui naissent plusieurs projets sur la jeunesse et les tribus adolescentes.
Il observe aussi bien les jeunes fugueurs que la jeunesse dorée. De ce monde d’excès et de richesse, il tire une exposition qui fait le tour du monde, Le désespoir de ceux qui ont tout. Dans cette série de photos qui orne les murs au Museum Of Contemporary Art de Shanghai, on découvre l’autodestruction d’une jeune fille de 17 ans. Des portraits au noir et blanc granuleux d’une héritière dont la vie ressemble à une publicité de luxe mais qui, à force de pouvoir exaucer tous ses désirs, n’en a plus qu’un : s’anéantir dans la drogue.
La curiosité du corps s’impose alors. Cyrille de Vignemont l’explore au fil des images animées. A ce moment, le monde du clip passe par une métamorphose. Des vidéos créent la polémique avec leurs revendications sociales, à l’image de Stress (Justice) par Romain Gavras.

L’artiste s’intéresse d’avantage au corps intime, biologique, qu’au corps social. Antibodies, sa vidéo pour le groupe électro-rock Poni Hoax, met en scène une hôtesse de l’air nue dans une chambre d’hôtel, des bulles de savon géantes traversant l’aéroport de Roissy, et un poisson suffoquant hors de l’eau, pour raconter en trois minutes trente surréalistes le suspens d’un test de grossesse.
Scandales et cascade de prix dans les festivals internationaux s’ensuivent, dont celui de meilleur jeune réalisateur, décerné chaque année par le titan de la publicité Saatchi&Saatchi. Depuis, Converse, Isabel Marant ou Amnesty International font appel à lui. Il se prête au jeu. Aime travailler avec des contraintes, en bande. Il se sent comme un enfant qui joue.
Pourtant il revient toujours à la photographie, à ses images épurées et solaires, où une voiture fantomatique bâchée rencontre le regard intense d’une enfant.

And we will never leave this place, sa dernière série de photos fera certainement partie de son prochain livre.
Mais l’ambition « faire, un jour, un long métrage » est vivace. Nul doute que l’on y retrouve toute sa sensibilité.

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