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16 avril 2013
Jérémy Roggy

Lutte des classes et renoncements socialistes

Un référendum. Cela n’a de cesse d’être revendiqué par nombre d’opposants au mariage pour tous. Si dans les faits, le Président de la République ne pourra pas le faire en raison des limitations imposées par la Constitution – et tant mieux ! -, cette demande mène ces farouches adversaires de l’égalité des droits à une remarquable absurdité. Leur cortège de dimanche dernier aura fini par paraître étrange : s’opposer à l’union civile d’individus majeurs, sous prétexte d’intérêt suprême de l’enfant, avec cette vision fantasmée de la famille. Un papa, une maman, des enfants... Ce slogan usé jusqu’à la corde fait fi de la réalité vécue par nombre de parents seuls. Qui plus est, ces nouveaux droits proposés (mariage et adoption pour tous, PMA pour les couples lesbiennes) étendent des libertés liées à la vie privée. Mieux vaut une loi, ce sera un meilleur garde-fou. Pour ce qui de la PMA, le débat s’avère nécessaire, mais on pourra déjà regretter que le gouvernement dans son projet compte limiter l’accès aux couples homosexuels mariés. Le mariage civil doit avant tout être un choix s’il devient légal.

L’autre événement marquant, ce sont ces accords régressifs, signés par les syndicats réformistes et le MEDEF. Si les travailleurs obtiennent de (très) légères avancées, la balance penche plus du côté de la flexibilité. Et ce à la grande joie du MEDEF ! Les plans sociaux, les restructurations et les ajustement de salaires seront ainsi facilités lorsqu’une entreprise fera face à des difficultés. Là encore, le fait saute aux yeux : les travailleurs seront avant tout des variables d’ajustement, dont les entreprises pourront se débarrasser plus facilement. Si ça c’est une avancée !

Et cela se décide alors que de nombreux plans sociaux sont annoncés les uns après les autres, le dernier en date celui au sein de Renault, qui compte licencier 7500 salariés d’ici 2016. Et pourtant, cela paraît « acceptable » selon les dires d’Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement Productif. Et ce, sous prétexte que l’entreprise en question ne mette pas la clé sous la porte. Des suppressions de postes, et à coup sûr des dividendes versés aux actionnaires qui seront les mêmes, voire plus. Le capital -surtout financier - est féroce, et l’exploitation du fruit des travailleurs est somme toute logique pour qu’il puisse s’étendre, que ce soit au travers des faibles salaires ou des licenciements.

Pourtant cet antagonisme capital/travail, il semble que la majorité du Parti « Socialiste » n’y croit plus vraiment. Depuis le début des années 90, ils n’ont de cesse de marteler qu’après tout le capitalisme de marché est indépassable. Ses antagonismes également. L’exemple remarquable aura été cette fin de débat Mélenchon/Cahuzac où le dernier lança : « La lutte des classes, vous y croyez toujours. Moi, je n’y ai jamais cru ». Or cette fameuse lutte des classes n’est pas une affaire de croyance dogmatique, mais un outil très utile pour caractériser cet antagonisme. Qui plus est, elle met en avant la « conflictualité du social ».

Les véritables dogmatiques, ce sont certainement ceux qui croient à cette « main invisible du marché ». Mais, ils n’en ont que faire, et les seuls changements sur le plan économique que l’on puisse espérer avec eux, c’est avant tout un semblant de méritocratie, un semblant de tolérance, un semblant de justice sociale. Face aux inégalités qu’ils créent et favorisent, il ne font que précariser le lien social, et faire le jeu des réactionnaires. Égalité des droits, droit de vote des étrangers : on pourra targuer que les questions sociétales sont mineures par rapport aux enjeux sociaux. Pourtant, elles ont le mérite de poser la question du rapport à l’autre en société, notamment en temps de crise. Mais de telles avancées risquent vite d’être occultées si la crise et l’austérité rognent d’autres libertés fondamentales, comme celles de mouvement, d’accès aux soins, à l’éducation et à l’information.

En ces temps difficiles, le PS est bien loin désormais de cette époque où Jean Jaurès était son leader, la lutte des classes était étant à leur yeux une réalité, et la transformation radicale de la société capitaliste nécessaire. Le slogan de campagne de ce parti n’était plus qu’un cache-misère face à la réalité idéologique au sein du PS. Ce parti continue de se forger une pseudo-différence par rapport à la ligne social-libérale en Europe, et des partis social-libéraux qui ont infligé l’austérité de manière brutale en Allemagne, en Grèce, en Espagne et au Portugal. Et sous prétexte de réalisme, François Hollande soutenait ouvertement en Juin dernier les corrompus de droite de Nea Demokratia face à la gauche radicale représentée par SYRIZA, lors des élections législatives en Grèce.

On le remarque constamment, le PS et le gouvernement en place se sont ralliés aux préoccupations des libéraux : réduction du coût du travail, compétitivité sur le dos des travailleurs, redressement et effort dans le cadre du désengagement constant de l’Etat en matière économique... Ou encore, le refus de nationaliser Florange et d’autres sites industriels en difficulté car l’Etat « ne peut pas ». Au contraire, ceux qui dirigent ne veulent pas. Et ce, par pure idéologie...

On pourra critiquer également l’indulgence des médias envers le gouvernement. Et ce, en minimisant voire en occultant la continuité avec les méthodes du gouvernement précédent, comme le maintien des centres de rétentions aux conditions de vie précaires et indécentes, l’extrême banalité des expulsions de Roms, et le triste sort accordé aux sans-papiers qui luttent pour faire valoir leurs droits, par exemple à Lille, où on finirait par se demander s’il faille qu’ils meurent pour espérer être régularisés...

Ce caractère à « visage humain » du social-libéralisme peut paraître comique, quand on connaît ses échecs patents partout ailleurs en Europe. Le gouvernement n’admettra pas que le lot quotidien de souffrances que risquent de subir les classes populaires sera le fruit de leur politique économique insensée. Ils se dédouaneront en invoquant la situation difficile, tout en arguant qu’ils auront tenté d’être de bons capitalistes gestionnaires. Au même titre que Papandréou, Socrates ou Zapatero... Et ils risqueront alors de faire le lit de la droite et de l’extrême-droite. L’attitude arrogante de Jérôme Cahuzac est à ce titre symptômatique. La farce sera alors bien plus terrible que la tragédie initiale... Pourtant, même si la pente paraît raide, il est encore tant de réagir. Pour poser des alternatives concrètes à l’austérité et en finir avec la peur du lendemain. 2013 se doit d’être une année de luttes et de conquêtes pour les forces progressistes françaises et européennes.

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